Les produits Zetwal en tôle découpée et sculptée : les Boss-métal de Noailles

La tôle découpée des boss-métal du village de Noailles, Haïti

Un peu d’histoire…

La technique de la tôle découpée a été inventée en 1953 par le forgeron Haïtien Georges Liautaud, né en 1899 et mort en 1991.

En 1953, Dewitt Peters, diplomate Américain fondateur du Centre d’Art Haïtien, remarque l’intérêt des croix ornant bon nombre de tombes des cimetières de la commune de la Croix-des-Bouquets. Rapidement, il retrouve leur auteur, Georges Liautaud, et lui propose une collaboration. Liautaud lui présente alors un nouveau travail : il récupère des barils métalliques qu’il découpe et sculpte au marteau et au burin. Ses œuvres seront exposées d’abord au Centre d’Art Haïtien, puis dans plusieurs États américains, au Brésil, en France, en Allemagne, dans les plus grands musées.

Plusieurs jeunes du village de Noailles sont ensuite entrés en apprentissage auprès de Liautaud et ont à leur tour rencontré un fort succès qui les a incités à former des apprentis. Ainsi de suite et de manière exponentielle, nous en arrivons aujourd’hui à la sixième génération d’artistes et artisans à Noailles. Au nombre de 400 environ, ils utilisent toujours les mêmes techniques en apportant des touches nouvelles. Le musée du village porte naturellement le nom de Georges Liautaud.

Un peu de technique…

Tout commence par le traçage (trasaj) à la craie sur une feuille de tôle tirée d’un baril. Vient ensuite la découpe (koupe), au marteau, avec un burin bien aiguisé, en avançant de quelques millimètres à chaque coup le long des traits. Il s’agit après de retirer les rebus de tôles pour laisser place aux espaces vides (deboure, débourrage). Il faut enfin repousser le métal, le sculpter, le mettre en forme (pare). Pour finir, l’œuvre sera éventuellement passée à la brosse métallique ou au papier de verre (sable) puis parfois peinte avant d’être vernie. Les artistes font généralement toutes ces étapes eux-mêmes. Dans l’artisanat, le travail peut cependant être réparti. Quelques artisans du village ne font en effet que les dessins à la demande des sculpteurs qui signeront ensuite de leur nom. On confie également souvent le débourrage à de jeunes apprentis, ainsi que le vernissage.

D’autres « petits boulots » liés à cet art permettent à certains villageois d’avoir une activité rémunératrice. Quelques personnes récupèrent des barils pour les revendre à Noailles. Celui qui les achète va alors les découper et les marteler pour proposer des feuilles de tôle bien planes à un tarif supérieur. Par ailleurs, les plus jeunes peuvent se faire un petit billet en quelques minutes en allant chercher ces feuilles à la demande d’un artiste ou d’un artisan. Un forgeron fabrique quant à lui les nombreux burins… Noailles est donc un lieu unique et un modèle de développement pour Haïti.

Un modèle pour Haïti

Les artistes et artisans ont su s’unir autour de leur technique pour convaincre le Gouvernement haïtien de leur potentiel pour la culture et le tourisme. Ils ont alors bénéficié d’un programme de développement de 4,5 millions de dollars qui ont servi à bétonner les routes du village (rendant l’accès possible en toutes circonstances alors que les lieux étaient auparavant parfois inaccessibles plusieurs jours pendant la saison des pluies), à créer un réseau d’eau potable et un éclairage public à énergie solaire. Ce programme visait également l’embellissement du village et l’accueil des visiteurs. Un pari essentiellement réussi puisque le changement opéré en quelques années est absolument saisissant. Noailles est vraiment devenue un endroit où il est agréable de se promener en découvrant le travail des boss-métal et leur illustration de l’histoire et de la culture haïtiennes.

Découpe de vèvè
Sablage-Guylaine LAMOUR
Peinture des pièces-Atelier Ajoupas